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Edito du père Jean-Marc Bocquet

Bulletin de la paroisse Ste Remfroye en Denaisis - Janvier 2017

 

Depuis 2 ans, les élus en charge sur les communes du doyenné sont invités, à l'initiative des EAP, du CODO (Conseil de Doyenné) et de l'équipe des prêtres et diacre, à une rencontre de voeux pour l'année nouvelle. Celle-ci s'est déroulée le mardi 10 janvier, à la Salle Ste Remfroye. Voici le texte du message qui a été remis ce matin-là à celles et ceux qui ont pour mission de faire vivre la solidarité et la paix dans notre région.

 

VOEUX PUBLICS DENAIN, 10-01-2017.

 

 

Mesdames et Messieurs les maires, adjoints, conseillers et élus,

 

Notre époque est surprenante. Nous voyons survenir des événements, des courants, des impulsions collectives que nul n’aurait osé prévoir ou suggérer voici quelques années. Notre monde n’est en aucun cas un long fleuve tranquille. Au contraire, il se tord en méandres, en rapides, en marécages, en chutes et cataractes dont nul ne sait plus prévoir le cours. Il s’expose à des dangers que nous ne soupçonnions pas, qui nous percutent par des événements stupéfiants ou traumatisants. Formuler des vœux dans de telles tourmentes est aussi intrépide que de publier un sondage… A moins de se confiner dans la banalité ou le vague : le bonheur. Bien sûr, tout le monde sera d’accord sur le principe. Mais si l’on veut préciser ce qu’il est, les avis divergent en tous sens. Un journal allemand, Bild Zeitung, titrait sur les « pensionnés les plus heureux du monde ». Le critère du bonheur, selon cette revue : les revenus financiers. Et d’afficher, entre autres, comme champion, le PDG de Volkswagen qui, comme d’autres, cumule des revenus scandaleusement élevés. Si c’est là qu’il faut chercher le bonheur, avoir et avoir toujours plus, accumuler les choses, les actions et les avantages, le luxe et les gaspillages, soigneusement camouflés derrière une carapace d’indifférence au sort des gens, alors nous sommes tous des malheureux. Car pour nous, le bonheur est ailleurs….Permettez-moi d’en donner, pour nous, ici, en Denaisis, quelques éléments. Et par là, de vous confier ce que je vous souhaite, à vous et aux gens de chez nous.

 

  • Combattre toutes les humiliations. Notre société est féconde en abandons de populations entières. Le traitement imposé à nos savoir-faire industriels, à nos sites, à nos organisations sociales, a brisé l’art de vivre des gens d’ici. Le chômage est une humiliation. « Le travail devrait être le lieu de ce développement des capacités, la mise en pratique de valeurs, la communication avec les autres, une attitude d’adoration. C’est pourquoi, dans la réalité sociale actuelle, au-delà des intérêts limités des entreprises et d’une rationalité économique discutable, il est nécessaire que l’on continue à se donner comme objectif prioritaire, l’accès au travail pour tous » (Pape François, Laudato Si, N°127.) Humiliations aussi que les harcèlements en famille, dans la rue, à l’école, au travail… Et les « élites » privilégiées ont beau jeu de dénigrer notre pays, et de caricaturer notre région et ses habitants. A nous de mettre comme première relation avec toute personne, quels que soient son origine ou son mode de vie, le respect de la dignité. Qui s’éclot ensuite en estime et confiance. Le chantier est vaste sur notre territoire. Le racisme est incompatible avec l’Évangile.

 

  • Renforcer les élans collectifs, les mouvements qui créent de la solidarité, de l’entente et de l’envie d’entreprendre ensemble entre citoyens du monde entier. En particulier l’élan européen. Les 3 diocèses du Nord-Pas de Calais ont entrepris une vaste opération de commémoration de la guerre de 1914-1918 : il s’agit de comprendre, les plus jeunes en premier, par quels processus mortels, quelles idéologies perverses, quelles mentalités venimeuses, on en est arrivé à cet abominable suicide collectif des peuples européens. Pour que plus jamais, ne surgissent de telles haines. Cette précaution, il y a peu encore, nous paraissait bien lointaine. Nous voyons resurgir les mêmes poisons, nationalisme, égoïsme collectif, culte de l’avoir et du pouvoir. Puissions-nous, échapper d’abord, lutter ensuite contre ces tendances destructrices. Les jumelages entre villes, les échanges entre jeunes de divers pays sont des souffles de paix qui régénèrent nos vieux réflexes.

 

  • Je nous souhaite aussi de vouloir inlassablement connaître et apprécier l’autre, ses valeurs, ses combats, ses détresses et ses bonheurs. de résister aux tendances populistes d’instrumentalisation des réfugiés, qui va de pair avec le repli sur nos citadelles et l’ignorance de leur histoire, de leurs valeurs, de leurs souffrances. Beaucoup sont prompts à instrumentaliser les réfugiés, les étrangers, à en faire des coupables, à pratiquer le lynchage moral, ou même physique comme, pour sa tranquillité, on sacrifie le bouc émissaire. Mais de plus en plus arrivent les témoignages de réussites humaines d’accueil réussi, d’intégration scolaire brillante et rapide, d’appétit de vivre communiqué entre gens de chez nous et familles exilées. Les enfants, les femmes et les sportifs, sont particulièrement doués pour découvrir ces horizons nouveaux, conditions d’un avenir de paix. « Comme elles sont belles, les villes qui dépassent la méfiance malsaine et intègrent ceux qui sont différents, et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement ! Comme elles sont belles, les villes qui, même dans leur architecture, sont remplies d’espaces qui regroupent, mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l’autre ! » (Pape François, Exhortation « la Joie de l’Évangile N° 210).

 

  • Je nous souhaite de pratiquer aussi loin que se peut, la démocratie participative. Notre système jacobin nous a formés à des pratiques de domination et d’obéissance, plus que de participation, d’autorité non discutée plus qu’à la délibération et au partage de la décision. Organiser l’expression des gens, pour laisser s’exprimer chaque avis, fût-il divergent, donner confiance aux personnes de bonne volonté attachées au mieux-vivre commun, encourager celles et ceux qui pratiquent la gratuité de l’engagement et les talents d’imagination, oser lâcher prise et diffuser la responsabilité n’est pas une attitude naturelle dans notre pays. Mais une société où chacun se sent reconnu dans ses capacités et ses générosités est le plus bel espace pour que s’épanouissent la liberté, la générosité et l’inventivité.

 

  • Je nous souhaite aussi de nous réconcilier avec la frugalité. Notre culture de citoyens modestes, celle de nos parents, nous y introduit naturellement. Mais devant les dangers majeurs encourus par la terre, le réflexe écologique de sauvegarde de la Création devient nécessité vitale, proclamée par Cop 21. Il s’agit que les groupes et personnes conscients de la dérive ravageuse dans laquelle, si nous ne changeons pas nos comportements, est entraînée la terre entière et toutes ses civilisations, fassent le choix de renoncer au somptuaire, au clinquant, au luxe et à l’insolence de l’apparence. Pour retrouver les simples joies du quotidien, et le sens de la vraie valeur et de la seule authentique richesse d’humanité : la relation entre les personnes, le respect et l’art de faire ensemble.

 

  • Et à nous, les chrétiens, je nous souhaite de retrouver une confiance active. Nos communautés ont eu à vivre un temps de marginalisation, de « ringardisation », de stigmatisation irraisonnée de la part de forces dominantes, dont la bible était bien souvent l’explosion des libertés individuelles, l’obsession de l’enrichissement, de la jouissance et de la domination. Le sens de l’autre, la tendresse et la miséricorde, l’esprit de pardon et de fraternité universelle étaient pour elles un obstacle à éliminer. Cette marée idéologique a fait perdre le sens à beaucoup : drogue, hédonisme déchaîné, culte du luxe… déprime et suicide…. Mais un peu à la fois, le mouvement s’inverse : nul ne peut vivre sans une étoile à l’horizon, qui guide la marche. Et le vieux patrimoine chrétien, sans cesse rajeuni au souffle de l’Évangile, à nouveau, suscite intérêt décomplexé et adhésion sans arrière-pensée. Le débat sur la laïcité est devenu tellement confus et objet de récupérations de toutes parts… Nous souhaitons en retrouver le cœur : respect de toute opinion ou religion, liberté d’exercice des expressions pratiques, culte, mouvements et services, associations, reconnaissance des spiritualités comme actrices de paix et de fraternité.

 

Il y a, dans mes vœux, comme un goût de démocratie.

Elle est fragile. Elle est même parfois en danger jusque chez nous.

Elle nous est aussi remise comme un cadeau qui permet de vivre et de faire ensemble.

Elle est entre nos mains…. Veillons !

 

 

Père Jean-Marc BOCQUET

Prêtre dans le Denaisis, Conférence des Evêques de France.

Article publié par Paroisse St-Maurand St-Amé de Douai • Publié Dimanche 19 février 2017 • 167 visites

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