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Eglise et symboles

Une approche en plusieurs chapitres pour mieux comprendre le sens symbolique de nos églises, par le P. Olivier Plichon.

Église et symboles

Une première approche en plusieurs chapitres, pour mieux comprendre le sens symbolique de nos églises.

Eglise et symboles

 

Il est plusieurs façons de visiter une église. On peut se munir d’un guide qui va vous donner tous les renseignements historiques et artistiques nécessaires, ou bien simplement se promener dans le lieu et se laisser imprégner par l’atmosphère, ou encore s’arrêter longuement pour y prier.

 

Cependant, il n’en reste pas moins des points de repères essentiels qui nous permettent de mieux comprendre ce qu’est ce bâtiment, son sens, sa destination, ce qu’il veut nous dire ou nous révéler. Et tout cela dans l’unique but de nous aider à vivre une rencontre avec celui qui y est célébré : le Christ.

 

En ce sens, l’église est vraiment symbolique. Ce sens du symbole n’est certainement pas réservé à Dan Brown ! Et de fait, il s’agit de bien saisir la différence entre le symbole et le signe. Ces deux mots sont souvent confondus dans notre vocabulaire courant, alors qu’ils n’ont pas du tout le même sens. Il importe donc de commencer par les définir simplement.

Signes et Symboles

 

Le Littré donne deux définitions : Le signe « est ce qui sert à représenter une chose. Les mots ne sont que les signes des idées. Les signes algébriques, géométriques. Les signes de la ponctuation. » Quant au symbole, il est une « figure ou image employée comme signe d'une chose. » Il est issu du grec ancien sumbolon (σ?μβολον), qui dérive du verbe sumbalein (symballein) (de syn-, avec, et -ballein, jeter] signifiant « mettre ensemble », « joindre », « comparer », « échanger », « se rencontrer », « expliquer ». Son contraire est donc dia (diviser) – ballein, c’est-à-dire le Diable, ce qui divise. Le symbole est ce qui nous réunit, le diabole ce qui nous divise. Il n’est pas pour rien que nous parlons donc du Symbole de notre foi (cela mériterait de plus amples explications historiques sur ce terme que nous aborderons dans un prochain chapitre). L’église, comme bâtiment, n’est pas qu’un signe qui sert à représenter une chose, elle est aussi un symbole, c’est-à-dire l’image d’une chose plus grande qu’est le Christ.

 

Découvrons ainsi l’aspect symbolique de nos églises, et même pour reprendre notre précédent article, son aspect « poïétique ». Pour cela, ensemble, visitons une église « lambda » de notre belle France ! Nous allons regarder ensemble plusieurs plans d’églises. Tels des pèlerins, nous suivons un parcours dans l’église qui démarrera au clocher et nous mènera dans l’église, jusqu’à en sortir transformés ! Mais avant, quelques autres clés pour mieux comprendre…

Les deux origines du mot « église »

 

Ce mot, dans les diverses langues, peut avoir deux racines. La première vient du grec Kyrios (le Seigneur) et donnera des paroles dérivées, comme Kirche en allemand ou Church en anglais. De fait, on trouvera surtout cette racine dans les pays du nord. Cette perception du bâtiment ecclésial comme expression du Seigneur trouvera ainsi des modes particuliers, dont nos cathédrales sont le reflet. En effet, on insiste sur la dimension du Seigneur présent et visible au milieu du monde. Il faut qu’on puisse l’apercevoir de loin, d’où me clocher particulièrement haut, la situation souvent élevée de l’édifice, ou la rutilance extérieure des décorations. On veut montrer le Seigneur, comme incarné dans le bâtiment, présent au milieu de son peuple et du monde. Par contre, l’intérieur sera plutôt pauvre, le lieu de célébration ayant moins d’importance que le symbolisme visuel de l’église planté au milieu des hommes.

 

Par contre, le mot « église » dans les pays du sud s’appuie sur la racine latine « ecclesia » qui pourrait se traduire par le rassemblement, la convocation. Ainsi, on insiste plus particulièrement sur l’espace où le peuple va se rassembler, là où il est convoqué par Dieu. Du coup, ce sera l’intérieur du bâtiment qui annoncera la présence de Dieu, qui le révèlera. Il suffit de penser aux décorations intérieures des églises italiennes ! Par contre, la présentation extérieure du bâtiment sera beaucoup plus modeste. Les clochers se font plus rares, ou petits, les façades sont souvent pauvres d’enseignements, simplement ornées de quelques statues, voire comme des façades de théâtre. Ainsi, vous pouvez passer à Rome à côté d’une église sans vous apercevoir de la destination du bâtiment ! Quant à la façade, souvent d’époque Renaissance ou baroque, elle semble être un décor que l’on a accolé à un bâtiment plus ancien (il suffit d’observer les barres arrières qui tiennent une façade surélevée).

 

Deux notions, deux termes, deux façons de voir et de vivre l’église et la foi…

L’église comme parcours

 

Dans quasiment toutes les religions, l’édifice cultuel se présente comme un parcours. La religion est en effet ce qui nous relie à Dieu, et ce lien demande de notre part des efforts, des passages. Ce parcours symbolique, voire initiatique, sera parsemé de lieux, d’objets, d’espaces qui nous montreront notre avancée spirituelle, notre parcours intérieur. Il suffit de penser à l’importance de la porte, de l’eau, ou de la montée.

 

Dans notre foi chrétienne, ce parcours tient surtout du pèlerinage méditatif, de notre identification au parcours du Christ. Nous faisons par et dans l’église le même chemin que le Christ sur terre afin de le rejoindre aux cieux. Ainsi, à chaque fois que nous parlons de l’église, nous devons penser au double sens du mot, tant dans son aspect de construction, que dans sa dimension spirituelle, l’Église comme Corps du Christ. Les deux notions se mélangent souvent avec une rare intelligence que l’art rend avec beauté. Guillaume Durand (1230-1296), évêque de Mende, a écrit un Rationale divinorum officiorum. Même si ce texte est parfois alambiqué, et propose des explications un peu tirées par les cheveux, il n’en reste pas moins une des sources explicatives essentielles[1].

Les murs

 

Ainsi donc, notre parcours débute au clocher, source de la convocation du peuple par les cloches. Nous y voyons les murs de notre église, murs de pierres jointes. On peut immédiatement penser à ce qu’écrivit l’apôtre Pierre dans sa lettre, présentant les chrétiens comme des « pierres vivantes » (1 P 2, 4-10) :

 

Approchez-vous de lui : il est la pierre vivante que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu'il en connaît la valeur. Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus. On lit en effet dans l'Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur ; celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi donc, honneur à vous qui avez la foi, mais, pour ceux qui refusent de croire, l'Écriture dit : La pierre éliminée par les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle, une pierre sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber. Ces gens-là butent en refusant d'obéir à la Parole, et c'est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Car autrefois vous n'étiez pas son peuple, mais aujourd'hui vous êtes le peuple de Dieu. Vous étiez privés d'amour, mais aujourd'hui Dieu vous a montré son amour.

 

Les pierres sont de tailles différentes, de couleurs diverses, de formes éclectiques, d’usages distincts, etc. Mais sans l’une le bâtiment n’est plus le même, voire il peut être menacé dans sa structure. N’en est-il pas de même dans l’Église spirituelle, Corps du Christ ? Nous sommes de tailles, de formes, de couleurs, d’âges, de missions diverses. Mais si une seule pierre manque, l’Église n’est plus la même ! Cette église de pierres n’est que la représentation de l’Église du Christ, de son Corps vivant. Une nouvelle fois, lorsque l’on y regarde d’un peu plus près, on découvre que ce bâtiment visible rend présent cette église invisible.

 

PERE OLIVIER PLICHON


[1] Vous pourrez trouver dans le dernier chapitre de notre parcours une bibliographie sélective.
 

Article publié par Rémi Sprit • Publié Mardi 16 novembre 2010 - 18h34 • 8255 visites

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