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Le petit chat

Conte de Noël

 

junges Kätzchen im Herbst junges Kätzchen im Herbst  © - fotolia.com

 

 

« Marion, il faut absolument rendre Félix à Isabelle. C'est sont chat, elle l'a perdu, et maintenant elle l'attend. Elle est malade et je crois que nous lui ferons une grande joie. »

 

C'était il y a cinq ans, la veille de Noël. J'avais 8 ans. J'ai cru que le ciel me tombait sur la tête. J'ai crié : « Tous vos cadeaux, vous pouvez les conserver. Mais rendre Félix, il n'en est pas questions. » Félix est un petit chat blanc et roux que j'avais trouvé dans la rue, devant notre maison, trois mois auparavant. Quand il s'est avancé vers moi, en miaulant doucement, j'ai éprouvé ce que les grandes personnes appellent le coup de foudre. Félix a trouvé immédiatement sa place dans la maison. A peine étais-je rentrée de l'école que je le prenais dans mes bras. Et c'étaient des câlins interminables. Comme j'aime bien dessiner, les murs de ma chambre étaient couverts de son portrait.

 

Mais ce matin-là, maman avant lu sur une affiche l'appel désespéré d'une maman et, dès son retour, elle avait  décroché le téléphone. J'étais effondrée. « On va te trouver un autre petit chat, tout mignon », m'ont promis mes parents. Mais j'ai refusé catégoriquement. « On ne remplacera jamais Félix ! »

 

Pour garder un peu plus longtemps Félix dans mes bras, j'ai accompagné maman chez Isabelle. En voyant cette grande fille de 16 ans, j'ai été bouleversée : son visage était blanc. Si blanc ! Et elle avait perdu tous ses cheveux (une leucémie, m'a-t-on expliqué, et un traitement chimique, dur à supporter). Elle était tellement heureuse de retrouver son chat ! Elle m'a embrassé en pleurant et m'a donné une de ses plus belles poupées, que j'ai appelée Isabelle et que j'ai installée dans ma chambre, près de mon lit.

 

Noël 2011 : cette rencontre m'a fait sortir du cocon douillet où m'avaient fait vivre mes parents et mes frères, moi. la petite dernière. C'est comme si j'avais perdu ce jour-là ma carapace, une carapace d'égoïsme.

 

Heureusement, grâce à une greffe de moelle osseuse, Isabelle a pu guérir. Nous avons échangé beaucoup de lettres, de photographies et de messages. Tous les ans, à Noël, j'ai dessiné pour mon amie une crèche. Pas de bergers, mais deux bergères qui nous ressemblaient et, bien sûr, un petit chat couché devant le berceau de Jésus.

 

Il y a un an, Isabelle a déménagé à l'autre bout de la France. La correspondance s'est espacée. Mais hier, surprise : une lettre accompagnée d'une photographie. « Je t'annonce deux nouvelles. La mauvaise d'abord : le petit chat est mort. Il n'a pas supporté le nouvel environnement. Et la bonne nouvelle, la super : j'ai rencontré ici Emmanuel, et nous avons donné la vie à ce bébé que tu vois avec nous. Elle s'appelle Marion. »

 

J'ai versé quelques larmes : de chagrin, un peu, pour le chat ; de joie, beaucoup, pour la naissance. Sans tarder. j'ai dessiné une crèche. « Tu vois. maman, cette année, j'ai mis le berceau au premier plan. Pour Marie et Joseph, j'ai pris Isabelle et Emmanuel comme modèles. » « Et. a dit maman en riant, sous les boucles de Jean Baptiste, je reconnais ta frimousse, et ton visage épanoui quand tu souris à la vie. Je trouve aussi que l'ange, la-haut, à une drôle de figure. Ne s'appellerait-il pas Félix ? »

 

 

Gérard Vitoux

Conte publié dans CAMERA n°57, Décembre 2016

 

Article publié par Paroisse St-Maurand St-Amé de Douai • Publié Lundi 14 novembre 2016 • 132 visites

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