Homélie du Père Bernard Descarpentries

Messe d’action de grâce pour le pontificat de Benoit XVI - 28 février 2013

Saint Grégoire de Nysse nous dit dans son discours sur les Béatitudes (chapitre V). "De même que les miroirs les plus parfaits représentent fidèlement les formes des visages, tels qu'ils se placent devant eux, joyeux, s'ils sont dans la joie, tristes, s'ils sont dans la tristesse ; ainsi le juste jugement de Dieu est la fidèle reproduction des dispositions de notre âme."

Dans la parabole de ce jour, le riche n'a eu aucune compassion du pauvre étendu à sa porte ; aussi ne trouve-t-il à son tour, aucune compassion lorsqu'il aurait tant besoin de miséricorde.

Cependant la miséricorde n'est pas absente puisqu' Abraham lui dit : « Mon enfant » ; mais elle est à l’image de celle de notre Seigneur, qui nous appelle ses fils par tendresse et de douceur ; mais cependant n'accorde aucun secours à ceux qui s'en sont rendu indigne. « Souvenez-vous !», est-il dit, c'est-à-dire rappelez-vous le passé, n'oubliez pas que vous avez nagé au sein des délices, et que vous avez reçu les biens pendant votre vie. Ce que vous regardiez comme les vrais biens ; Il est maintenant impossible que vous les trouviez ici après les avoir consommés sur la terre. Ce type de richesses ne peut avoir de réalité à la fois sur la terre et dans les cieux. La réalité de DIEU n'est pas dans le périssable, mais dans ce qui ne passe pas, dans l'Amour à l'image de la communion de vie trinitaire. Un amour offert à la liberté de l'homme, en Jésus Christ. Un amour qui ne retiens rien, mais reste tout entier dans la communion de vie. Un amour qui n’est pas souvenir, mais mémorial. C’est-à-dire, un amour qui agit, s’actualise et se multiplie, dès qu’on le partage.

Dans tout cela, qu'en est-il du mal ? Existe-t-il ? Est-il la punition, la revanche de DIEU et sa rétribution ? Devrons nous être malheureux au ciel, pour avoir été heureux ici-bas et vice-versa ? Abraham en parle ici  d'après les idées de ceux qui sont repus, de ceux qui vivent repliés sur eux-mêmes. Le riche n'est pas déclaré mauvais, puisqu'il pense aux siens ; mais il est mis devant son propre jugement sur l’importance des biens. Comment regardait-il le pauvre, la pauvreté, la faim, les souffrances de la maladie ? Comme des maux extrêmes dont il était épargné, mais dont il ne songeait pas à soulager les autres. Ainsi face à la violence, à la maladie ou l’indigence, que la pensée de Lazare nous porte à réfléchir à ce qui constitue des biens réels. Offrons la vie, pour nous en découvrir porteur, en qu’en la partageant nous la possédions effectivement.

Qu’en est-il du mal ? Je pense comme Catherine de Gènes que ceux qui sont tourmentés en enfer le sont par les coups de l'amour qu'ils ont méconnus. Qu'est-ce qu'il y a de plus violent que les tourments de l'amour ? Ceux qui sentent qu'ils ont péché contre l'amour portent en eux une condamnation bien plus grande que les châtiments les plus redoutés. La souffrance que le péché contre l'amour met dans le cœur est plus déchirante que tout autre tourment.

Il est absurde de penser que les pécheurs en enfer soient privés de l'amour de Dieu. L'amour est donné sans partage et une fois pour toute par le don de la vie de DIEU en Jésus-Christ. Par sa puissance même, l'amour agit comme un tourment pour les pécheurs, et comme joie en lui qui a vécu en largesse comme on doit le faire, dans la mouvance de l’Esprit. Tel s’explique à mon sens le tourment de l'enfer, qui est regret d’un amour gaspillé ; et le bonheur des âmes qui ont vécus d'en haut, c’est-à-dire n’ont pas épargné la vie comme Jésus sur la Croix.

Le psaume dit : "Au jugement les méchants ne se lèveront pas, ni les pécheurs au rassemblement des justes". Se lever, c’est tout simplement suivre le CHRIST et jouir de sa miséricorde en la pratiquant. Se lever, c’est ressusciter en celui qui a traversé les douleurs et la mort pour nous porter à connaitre le salut et à le mettre en œuvre dans notre corps terrestre comme membre de son corps glorieux.

Le Cardinal RATZINGER alors qu'il avait reçu la charge du dicastère de la doctrine de la foi (équivalent d'un ministère) fut longuement et lourdement décrié comme étant un affreux conservateur, qui n'y comprenait rien au monde. C'est un reproche que connaissent aussi beaucoup de nos pasteurs quand ils évoquent les repères de la foi, et indiquent le pâturage nourrissant et le plus sûr, le fleuve d’eau vive près duquel l’arbre produit son fruit de vie. Cela n'empêche personne d’user de sa liberté et de choisir quelque attraction frelatée de la vie. Attirés par l’argent et le profit, nous réduisons souvent ce monde vivant à une simple marchandise, avec des conséquences écologiques désastreuses à long terme. Que nous en ayons conscience ou pas, nous avons la responsabilité de protéger le don de DIEU dans son essence et sa matérialité, au niveau personnel, familial, communautaire et politique. Le pape Benoît XVI nous a dit, par exemple d’adopter un modèle de développement fondé sur l’homme et le bien commun. L’enjeu d’un tel choix implique une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité. Car pour l'Eglise on ne peut dissocier action écologique et justice sociale : notre rapport au monde est significatif de notre rapport à autrui. Comme souverain pontife, nous avons eu la grâce de découvrir en Benoît XVI, un père plein d'attention pour l'unité de l’Eglise et le dialogue inter-religieux, soucieux de notre recherche de la vérité par le dialogue de la Raison et de la Foi qui ne peuvent s’exclurent l’une l’autre ; mais aussi un homme plein de compassion et de douceur. Il nous a donné ses encycliques sur les vertus cardinales de Foi, d’espérance et de charité et sa méditation sur le christ. Par maints discours simples, il a inlassablement indiqué le visage du Christ, en qui est accompli le véritable salut.

Rendons grâce pour toute sa vie sacerdotale, et même si c’est avec les larmes, rendons grâce pour son acte de remettre la charge de pasteur universel car par là il nous dit avec force :

"Où est la vraie richesse ? " "Sur qui comptons-nous ? "

Le Pape a ouvert le Carême par cet acte prophétique qui nous invite à dépasser l'apparence sécurité qui n'est qu'équilibre illusoire ; pour nous rendre à la Vérité toute entière de notre SEIGNEUR, au véritable bien qui est de vivre la Pâques et d'être dès maintenant à la tâche et à la table du Messie Serviteur, avec son successeur. C’est d’ailleurs là le dernier tweet qu’il nous envoie : « Puissiez-vous expérimenter toujours la joie de mettre le Christ au centre de votre vie ! »

Article publié par MICHEL LAISNE • Publié le Vendredi 01 mars 2013 - 11h37 • 1290 visites

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