Diaconia 2013

Intervention de F-X GHYSEL et Y-M CARPENTIER

 

En quelques mots il est bon de rappeler les enjeux de notre démarche Diaconia 2013.

Nous avons tous été sensibles au film « Les Intouchables » ou deux personnes se sont révélées l’une l’autre dans une rencontre improbable... Vous avez été touchés par le film « Les dieux et les hommes » ou une communauté d’hommes a choisi de rester unie dans un environnement dangereux et fidèle au peuple avec qui elle désirait partager la vie... Au jeux olympiques du handicap à Londres, il y a eu beaucoup d’entraide entre les personnes atteintes d’un handicap et une sympathie extraordinaire du public pour ces athlètes. Ce sont des situations où les personnes ont changé d’attitude l’une envers l’autre, ont fait un chemin de conversion et d’acceptation de l’autre.

C’est exceptionnel peut être, mais pour nous !

Nous sommes dans la démarche Diaconia 2013 depuis une année.

L’objectif ’’Servons la fraternité ’’proposé par les Evêques de France est le suivant :
‘’Que les personnes en situation de pauvreté d’isolement, de souffrance et de précarité soient davantage au coeur de nos communautés chrétiennes.’’

A/ Pourquoi choisir la notion de Fraternité à la place de Charité, Solidarité, Justice, ou Option préférentielle pour les pauvres ?


Le comité qui organise au national Diaconia nous propose pour ces termes que nous utilisons souvent indifféremment, des définitions qui en soulignent les nuances.

  • Parler de Charité, c’est dire que l’amour est plus qu’un sentiment, mais un engagement envers l’autre qui instaure une relation de vie. L’amour de charité (agapé) est la source d’un service qui prend soin d’autrui sans aucune condition préalable. La charité est ainsi au fondement de la diaconie
    § On parle alors de Don, de gratuité, de reconnaissance de l’autre comme ami du Christ. Cela exclut toute forme de supériorité, de tomber dans le dévouement ou de ne rencontrer l’autre que pour lui faire du bien.
  • La Solidarité, concept d’origine juridique popularisé par le mouvement ouvrier au XIXe siècle, suppose que des personnes s’engagent sur un pied d’égalité à assumer une responsabilité. Cependant, Dieu s’est directement tourné vers les plus faibles pour en faire des partenaires. C’est dans le sens de cette Alliance avec les plus démunis que la diaconie engage la notion de solidarité
    § Un groupe de personnes prend fait et cause pour d’autres personnes, par exemple la situation des ’’roms’’, des ’’sans-papiers’’, des jeunes en difficulté, des maladies orphelines etc...
  • La Justice vise à accorder à chaque individu ce à quoi il a droit. Or l’Evangile parle de la justice du Royaume qui dépasse la justice humaine. Cela veut dire qu’à côté de la justice qui compte, il y a une autre justice qui vient dire la dignité de chaque être humain. La diaconie cherche ainsi à mettre en oeuvre cette justice du royaume pour reconnaître chaque personne dans sa singularité.
    § Une des missions des fidèles laïcs en tant que citoyens de l’État est de façonner de manière droite la vie sociale, en respectant la légitime autonomie et en coopérant avec les autres citoyens selon les compétences de chacun et sous leur propre responsabilité. Deus Caritas est n°29
  • L’Option préférentielle pour les pauvres signifie que, dans son combat pour la justice, l’Eglise donne la priorité aux plus pauvres afin de leur permettre d’avoir une vie digne. La diaconie va cependant jusqu’au bout de cette option en reconnaissant aux pauvres et aux souffrants un rôle éminent d’acteurs dans l’humanisation du monde.
Aussi dans nos actions vers les autres, nous aurons à réfléchir sur nos comportements. Tout n’est pas clair dans nos relations à autrui, et ces définitions nous interpellent.

Cela fait quatre fois que je parle de la diaconie.

Alors la diaconie ? Recherchons en les fondements. Il faudrait encore approfondir.

C’est le fait de se mettre au service des autres, à l’exemple du Christ serviteur qui a lavé les pieds de ses disciples et nous invite à suivre cet exemple. Le pape Benoît XVI en parle explicitement comme étant « Le service de l’amour du prochain exercé d’une manière communautaire et ordonnée » :

Ce service de la charité (diaconia) est l’un des trois piliers de la vie chrétienne, avec la liturgie et l’annonce de la Parole, dont il est inséparable.

Au total, on peut dire que la diaconie récapitule toutes les notions définies précédemment en les enracinant dans la relation au Christ. A sa suite, il s’agit en effet de convertir tous nos rapports humains dans le sens de l’amour agapé, et d’abord avec les plus vulnérables, sans lesquels nous ne pouvons accueillir pleinement la Bonne Nouvelle et auprès desquels nous sommes invités à agir pour promouvoir une société plus juste. Cette ‘’évangélisation’’ de l’ensemble de nos relations - du plus proche au plus lointain - en laquelle consiste ainsi la diaconie nous amène à en souligner la dimension théologale.

La diaconie n’est pas une simple conséquence de la foi, mais se situe en son coeur comme son « terreau ». Servir la charité par la diaconie n’est pas alors seulement un devoir éthique mais, de manière plus profonde, un « rendez-vous avec le Christ ».


B/ Mais il manque encore la notion de fraternité que les évêques nous demandent de retenir.


La fraternité c’est quoi ?

La fraternité est une des grandes valeurs républicaines. Pour les chrétiens, fils du même Père, la fraternité est donnée et chacun est alors invité à élargir le cercle fraternel pour accueillir toute personne sans discrimination. La diaconie approfondit ainsi la notion de fraternité en mettant en oeuvre une réciprocité entre les personnes.

« Il y aurait dès le départ une erreur de perspective si l’objectif poursuivi était de décrire la rencontre du pauvre, du riche, de l’exclu, de toute autre personne différente seulement en tant que pauvre, que riche, que exclu,que toute autre personne différente. Le danger est de réduire l’autre à ce qui n’est qu’un aspect de lui-même, aussi envahissante que puisse être cette caractéristique. On passe à côté de la rencontre dès lors qu’autrui n’est pas perçu d’abord et avant tout comme un être humain, un membre de l’humanité, égal en dignité à tout autre membre de l’humanité.
Rencontrer une personne pauvre pour cette seule raison qu’elle est pauvre peut disqualifier au départ une rencontre. Autrui n’était finalement qu’une pièce interchangeable parmi les destinataires de ma ’’fraternité’’. Mais s’il y a rencontre de l’autre homme qui se trouve être un pauvre, elle peut donner lieu au plaisir spécifique de toute rencontre entre égaux et donner naissance à des liens que l’on aura plaisir à maintenir comme c’est le cas avec toute autre personne. Une vraie rencontre est nécessairement marquée du sceau de la gratuité. A cette condition on peut espérer vivre une réciprocité dans l’échange
»
A. Durand op, la cause des pauvres


Essayons de découvrir la figure diaconale de Jésus.

Sacrement de la charité de Dieu, Jésus est en effet le serviteur par excellence, qui se préoccupe du salut de tous et non de quelques uns. L’ensemble de la mission du Christ peut se résumer dans cette notion de diaconie, c’est-à-dire Service de la fraternité : « Il n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie pour la multitude » (Mc 10 , 45 ). Cette manifestation de l’amour de Dieu dans la personne de Jésus traverse les récits évangéliques et tout lecteur de ces récits peut relever les nombreuses actions et attitudes du Christ qui expriment sa mission : renouer entre l’humanité et Dieu la relation d’Alliance.

Jésus a un mode de présence aux autres à la fois fort et discret, ne cherchant jamais à s’imposer, qui fait de sa parole une diaconie. En effet, sa parole vaut par la présence qu’elle assure, le message qu’elle communique et l’échange qu’elle rend possible : Jésus est ainsi serviteur dans la façon même dont il entre en relation avec les hommes par sa parole ou son silence, qui fait émerger le désir profond de chacun .

C/ A la suite de Jésus nous pouvons préciser les objectifs de la démarche Diaconia "Servons la fraternité" :


  • Développer le partage et la fraternité au coeur des communautés catholiques.
    Que les personnes en situation de précarité et de pauvreté soient réellement placées au centre de l’Eglise (y compris, bien entendu de l’eucharistie) non seulement pour recevoir ce qu’elles ont à recevoir afin de se remettre debout, mais aussi pour donner ce qu’elles ont à donner, en toute réciprocité.
  • Mettre en valeur toutes les actions de solidarité conduites dans l’Eglise et dans la société.
    A la fois dans les relations courtes - d’individu à individu - et dans les relations longues à travers des organismes et des actions sociales ou politiques.
  • Développer chez les catholiques en lien avec les autres chrétiens, (car la dimension oecuménique est fondamentale pour le développement de la diaconie) la conviction suivante : le partage et la fraternité ne sont pas seulement une conséquence éthique de la foi, ils sont l’expression de la foi au Christ (Gal 5, 6 et 1 jean 4, 20)
  • Enfin témoigner publiquement que la fraternité ne peut pas se vivre sans gratuité.
    Dans ce combat incessant pour la réduction des inégalités et des injustices, les personnes qui ne sont pas prises en considération ont leur rôle à jouer. Les personnes handicapées, dépendantes, malades, en recherche d’emploi, les étrangers, ceux et celles qui sont blessées de multiples manières ont à trouver ou à retrouver leur place dans la société. Car personne n’est de trop et chacun à quelque chose à apporter à la société.
    B. Housset évêque Président du Conseil de Solidarité
§ Oui, beaucoup d’organismes caritatifs ou d’aides à la personne essayent de vivre cette fraternité ce service du frère par délégation, mais c’est loin d’être évident pour les membres du Secours catholique, de la Croix rouge, de Magdala, de Saint Vincent de Paul, de Bethsaïde, des jeunes de Roost Warendin, de l’accueil des familles de détenus, des visiteurs de prison, des visiteurs dans les services hospitaliers, et les groupes de partage d‘Evangile dans les quartiers.

Le Conseil National pour la solidarité des évêques de France souligne une nécessité : ’’Que le service des frères redevienne l’affaire de tous les baptisés, et non plus seulement des organismes spécialisés.’’

D/ Au quotidien, nous rencontrons beaucoup de fragilités,

causées par les conditions économiques, les situations familiales difficiles, les personnes seules, les personnes qui ne trouvent pas un sens à leur vie ; certaines ont des difficultés de santé de tous ordres.

Nous rencontrons également des personnes qui vont bien et sont heureuses.

Toutes ces rencontres sont possibles et nous devrions les vivre dans un souci de fraternité, en attitude de réciprocité, d’égal à égal, en considérant la personne rencontrée comme semblable et aimée de Dieu.

« La rencontre avec des personnes qui vivent la fragilité et la précarité ramène en effet au coeur de la fraternité. Leur chemin est un enseignement pour l’ensemble de notre société. Ils nous font toucher à quel point, pour survivre, l’homme possède un moteur puissant qui Est-ce désir de choisir la Vie. Ce désir, c’est Dieu lui-même. Lorsque le Christ rencontre des personnes qui sont sur le bord du chemin, marginalisés, malades. Il vient leur révéler ce désir de Vie qu’elles portent en elles. Ce désir est peut-être à l’état plus brut chez des personnes qui vivent la fragilité. Elles ont là quelque chose à nous révéler de notre humanité. Il s’agit d’inciter les chrétiens à une approche selon un principe de réciprocité. Cette dimension de réciprocité dit que nous sommes appelés à nous mettre au service les uns des autres et au service du Christ, -Tous ça veut dire tous-; il n’y a pas une catégorie qui serait appelée à aider et une autre condamnée à se faire laver les pieds à vie. »
D. Maciel coordinateur national de Diaconia

Cela demande une dépossession de soi, l’abandon de l’attitude de supériorité. Cela nous oblige à la constance et à la fidélité dans l’attention à l’autre. Cela demande qu’on laisse parfois le temps filer pour l’autre.

Oui, la fraternité est une richesse : en se découvrant l’un l’autre, on s’enrichit de nos différences.

C’est une attitude évangélique, mais aussi d’évangélisation. En se révélant mutuellement nos qualités d’homme mais aussi en révélant à l’autre ses richesses, nous le faisons grandir.


E/ Mais vivre la fraternité est-ce du domaine de l’exploit ?


Non sans aucun doute. Nous pouvons tous les jours recueillir des témoignages ou nous découvrons qu’il est possible de vivre la fraternité pour mieux vivre ensemble, et qu’ il ne faut pas grand-chose pour débloquer une situation au niveau d’une famille, d’un groupe, d’une société, ou d’un Etat (San Egidio). Cela demande patience et persévérance.

C’est bien dans les petits pas, les rencontres régulières, les rencontres fortuites ou inattendues que nous vivrons cette fraternité ; nous avons à nous transformer, à nous décaper de nos certitudes, de nos jugements tout faits.

C’est notre Chemin de baptisés……
 

Article publié par MICHEL LAISNE • Publié le Jeudi 11 octobre 2012 • 836 visites

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