Homélie de la Messe de la Nativité

nativité 3.jpg 0912_image001  Depuis quelques semaines, mille et une lumières illuminent nos rues et nos maisons. Les uns et les autres s’activent pour rassembler familles et amis. Nous sommes attentifs plus particulièrement à celles et ceux qui sont blessés par la vie parce qu’à Noël, il n’est pas possible de rester enfermé dans la détresse, la solitude. Il semble bien que Noël soit pour beaucoup le moment des retrouvailles, un moment de communion. Il est bon de  partager la fête de Noël.  Crèche, sapin, décorations diverses et variées traduisent ce temps de joie et de lumière. Il ne manquent de lieux où retentissent les chants de Noël. Pourtant, la tentation est aisée de réduire la fête de la Nativité, à une féérie, un comte, tout au plus à une légende merveilleuse. En s’adressant à une communauté grecque, l’évangéliste Luc est confronté à une difficulté similaire. Il sait que ses lecteurs sont tentés de classer l’Incarnation du verbe dans les récits mythologiques. Les dieux ne se jouent-ils pas des hommes ! En soulignant les lieux, les faits historiques, les protagonistes de l’histoire, Luc rejette le monde de la mythologie comme le fait saint Paul pour rendre compte de l’insertion du Verbe éternel en notre humanité « Quant aux fables profanes, racontars de vieilles femmes, rejette-les » (1 Timothée 4,7). La joie de Marie et Joseph n’est-elle pas la conséquence de l’Incarnation ! La lumière qui resplendit sur les hommes des nuits obscures (Luc 2, 8-9 et Jean 1, 9) n’est-elle pas don du Verbe fait homme ! Ces chants que nous reprenons ne sont-ils pas l’écho de celui des anges qui chantent la nativité en notre humanité du Fils de Dieu! « Gloire à Dieu et paix aux hommes, ses bien-aimés » (Luc 2,14) Fêter Noël, c’est accueillir et transmettre cette bonne Nouvelle : « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu » (S. Athanase, inc. 54, 3 : PG 25, 192B). « Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afin que Lui, fait homme, fit les hommes Dieu »  (S. Thomas d’A., opusc. 57 in festo Corp. Chr. 1). C’est ce que nous chanterons en communiant au corps du Christ.   

Je voudrais, ce soir, avec vous, suivre les divers groupes qui gravitent autour de la Nativité. L’évangéliste Luc nous présente Marie -Joseph et les Bergers tandis que l’évangéliste Matthieu, nous montre la quête et la pérégrination des mages, leur rencontre avec Hérode et les spécialistes de la Bible. Certainement, nous trouverons auprès d’eux la source de la joie de Noël.

·        Commençons par les bergers. Ne sont-ils pas les premiers invités à contempler le Sauveur ! Qui l’eût cru ? Ces hommes rejetés, hommes des nuits ténébreuses sont les premiers à recevoir la lumière et la Paix « N’ayez plus peur »  (Luc 2,10) dit l’ange. Le Ciel est ouvert et le monde retrouve sa beauté première. Nimbés de lumière, portés par le chant des anges,  les bergers se rendent vers le Sauveur de l’Homme et de tous les hommes. Leur marche est un pèlerinage de confiance.

·        Jésus prêtre.jpg 0912_image002  Ensuite,  les mages d’orient. (Matthieu 2,1-12). Ces hommes sont convaincus que la signature de Dieu est inscrite dans la Création. Ils scrutent les astres en quêteurs de Dieu. Leur démarche intellectuelle n’a qu’un but : se prosterner devant l’auteur de la Vie. (Mt 2,2). Cette humilité ne traduit-elle pas un amour profond ! En entendant les Ecritures au Palais d’Hérode, ils entreront dans le long cortège du peuple de l’Alliance qui espère le messie, présence de Dieu au milieu de son peuple, libérateur et sauveur (Mat 1,19-25).  Leurs dons (encens, or et myrrhe) témoignent de leur union au « roi qui vient de naître » (Mat 2,2). Leurs gestes, leurs attitudes… toute leur personne révèlent l’identité et la mission du « petit enfant » de Bethléem. Il est Dieu, Roi qui va souffrir pour nous sauver. Est-ce pour cela que la tradition en a fait des rois ?

·        Les mages ont croisé sur leur chemin Hérode et les spécialistes des Ecritures. (Mat 2,1-9). C’est le troisième groupe. Les spécialistes des Saintes Ecritures ont réduit Dieu à leurs connaissances. Il n’y a plus de question, plus de quête pour eux. Ils sont barricadés dans l’herméneutique. Rien ne peut les surprendre. Ils sont hermétiques à la vie. Hérode est un homme de pouvoir. Il est prêt à toutes les compromissions pour garder le pouvoir que César Auguste lui octroie. Il se croit libre de tout et de tous et pourtant il a peur (Mat2, 3). Le massacre des innocents (Mat 2,16-18) est toujours la conséquence de cette arrogance. Il est bon et nécessaire dans nos sociétés performantes de ne pas oublier Hérode et ses compagnons. La tentation du savoir, du pouvoir, de l’économie,  de la performance sera toujours de réduire l’homme et le monde à des carrières de matériaux exploitables à volonté.

·        nativité 2.jpg 0912_image003  Marie et joseph constituent le quatrième groupe. Ils ne parlent pas. Ce silence  manifeste leur communion profonde et intime à Jésus. Ils sont dans l’action de grâce. Cet enfant est Dieu et il leur ressemble.  Tout deux accueillent avec pudeur Jésus, Dieu avec nous (Mat 1, 23). Ils se laissent regarder par lui. Ils voient dans les yeux de Jésus leur beauté première. Cette contemplation les pousse à offrir à tous les hommes Jésus, le Sauveur, A l’invitation de l’ange, ils conduisent Jésus en Egypte pour que tous ceux qui vivent encore prisonniers du péché connaissent leur libérateur (Mat2, 13-15). N’est ce pas la vocation et la mission de l’Eglise ?

Chers amis, en compagnie des bergers et des mages de tous temps, entrons dans la crèche de la nativité. Laissons-nous contempler par l’enfant-Dieu. Entendons la prière du prêtre Jésus « Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi » (Jean 17,24). Laissons Marie et Joseph nous conduire au plus près de Jésus pour, avec lui et en lui, entrer en communion avec Dieu notre Père des cieux. En célébrant le sacrifice eucharistique, nous devenons les comtemporains de Jésus-Christ, nous devenons ses amis (Jn 15,15), ses compagnons (Luc 24, 13-33). En participant à son oblation, notre vie devient don. N’est ce pas là le secret de la joie, si singulière et si profonde,  de Noël qui traverse et transforme l’espace et le temps ?  A tous et à chacun, je souhaite de connaître cette joie que nul ne peut nous ravir (Jn 15,11). Bonne fête de Noêl !     

Article publié par MICHEL LAISNE • Publié le Samedi 26 décembre 2009 • 928 visites

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