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Ma vie africaine

Décembre 2014

Ma chère Famille,
Mes chers Amis,
 
Comme à chaque début de mois, j’essaye de vous donner quelques nouvelles...
 
Après vous avoir parlé de mon travail en tant que volontaire de solidarité internationale et infirmière puéricultrice à l'hôpital, j'avais envie de vous parler un peu de ma vie africaine à l'état pur, de ma brousse à perte de vue, de mes rencontres inattendues et de mon petit village où il fait bon vivre...

 

Comme déjà évoqué précédemment, Nkoulou est un petit village de 3000 habitants situé à une vingtaine de kilomètres de Yaoundé, capitale administrative et politique du Cameroun. Pour se rendre au village c'est alors toute une aventure sur cette belle terre rouge, les routes n'étant pas bitumées, les nids de poule sont nombreux et parfois les pluies diluviennes rendent la route impraticable...Il n'est pas toujours facile également de trouver un taxi à n'importe quelle heure du jour et de la nuit... Mais une fois arrivée, vous pénétrez en pleine forêt tropicale, dans un petit village agréable, convivial et chaleureux où le calme règne, où l'air est pur et où il fait bon vivre...

 
La saison des pluies est terminée. Elle était caractérisée par de nombreux orages plus violents qu'en France et par des pluies parfois très fortes... Mais la météo change très rapidement ici et laisse vite place chaque jour à un soleil tout de même chaud et majoritaire.

La saison sèche vient de commencer et de se faire ressentir fortement avec ses températures qui grimpent au thermomètre! Cela reste néanmoins supportable. Maintenant, ce sont la sécheresse et la poussière qui remplacent les routes boueuses et glissantes.

 

Ici, je suis en pleine brousse et forêt. La nuit, j'ai donc l'impression de dormir à la belle étoile et de me croire en pleine jungle car les fenêtres étant ouvertes, mes oreilles sont bercées par une multitude de petits bruits! Cela va de l'enchantement des oiseaux, aux petits lézards qui serpentent les murs, aux souris qui courent sur les toits de tôle, aux cafards qui recherchent l'humidité et aiment se faire entendre avec leurs nombreuses pattes qui frôlent le sol, aux moustiques qui tentent de trouver ma peau bien sucrée et qui aiment fredonner un petit zzzz! Parfois, je me réveille brusquement par un de ces petits bruits, car il arrive qu'ils pénètrent dans ma petite chambre et ce, vous vous en doutez bien malgré le calfeutrage des portes, les bombes à insecticides, la poudre anti cafards et la citronnelle! Il n'est donc pas rare d'avoir la visite de cafards ou de petites souris! La dernière fois, il y a même eu une chauve souris! A chaque fois, je peux vous garantir que les émotions sont au rdv!;-)

 

Le carrefour (comme son nom l'indique) est le point de ralliement des quatre grandes routes du village, c'est l'endroit central, le lieu d'animation et de vie du village. Vous pourrez ainsi vous balader en admirant les petits commerçants dans les rues. Il y a les "mamas" qui vendent leurs fruits et légumes récoltés dans leur champ ou encore de bons petits plats qu'elles ont concoctés... Certaines tiennent un petit salon de coiffure, d'autres proposent tous les produits nécessaires pour l'hygiène corporelle, l'entretien de la maison ou encore des vêtements! Quant aux hommes, il y a ceux qui vendent du crédit téléphonique, réparent des télévisions ou qui ont les mains plongées dans l'huile et la graisse en train de faire la vidange ou de réparer une carrosserie... Si alors, vous avez envie de vous poser quelques minutes pour admirer ces couleurs, ressentir ces odeurs, écouter ces bruits, vous trouverez quelques bars éparpillés dans le village où l'accueil vous sera chaleureux. Ils ne manquent pas entre: "la vie est belle", "le prince bar", celui de "mama Agnès", mais celui que nous préférons, Chloé et moi, reste la pharmacie de garde avec son petit clin d'œil humoristique!

 

Les maisons sont construites en général en bois, parfois en dur (béton), certaines sont encore faites à base de simple terre battue...Souvent, elles sont composées uniquement de deux pièces: celle où l'on dort et celle où l'on vit. Elles regroupent souvent plusieurs générations et cela fait donc beaucoup de monde sous un même toit! L'espace à vivre étant donc très restreint!

 

Les conditions de vie sont loin d'être celles que je connaissais en France. Les coupures d’électricité sont plus que nombreuses (court circuit, orages fréquents, générateur du village qui prend feu...) et il est donc fréquent de diner à la chandelle, d’utiliser une lampe solaire ou frontale pour ne pas se retrouver dans le noir complet! L’électricité étant nécessaire pour l’acheminement de l’eau, les robinets sont donc souvent vides et j’ai donc la joie d’aller pomper au puits! Cela ne rend pas les choses faciles à l’hôpital, car même si nous avons un groupe électrogène, le fonctionnement de celui-ci coûte cher et ne peut marcher 24h sur 24! Nous le privilégions pour permettre les examens de laboratoire et les échographies. Il faut beaucoup d’eau pour l’hygiène des mains et l’asepsie dans les soins, l’hygiène corporelle des malades et le ménage, alors nous nous relayons entre soignants pour aller puiser et faire notre stock! Une sacrée organisation!

 

La cuisine camerounaise a ses nombreuses saveurs avec:
- l’arachide, utilisée en apéritif avec les traditionnelles cacahuètes, elle constitue également une composante importante pour plusieurs mets traditionnels tels que le Ndolé.
- les bananes plantains, les plus grandes des bananes, au goût très sucrées, elles sont délicieuses. Elles accompagnent de nombreux plats après avoir été frites dans l’huile, cuites à la vapeur ou encore pilées. Ce sont les véritables pommes de terre du Cameroun.
- le ndolé, feuille à l’arrière-goût amer, elle perd son côté amer après avoir été écrasée et lavée à répétition. Elle est cuisinée avec du poisson frais ou fumé, ou avec de la viande et devient ainsi un mets délicieux. Le ndolé est incontestablement devenu un des plats nationaux!
- les bâtons de manioc, à l’odeur tenace et particulière, ils donnent une impression de caoutchouc sous la dent. Sans véritable goût à la base, ils trouvent toutes leurs saveurs en y associant une pointe de pigment!
- le poisson, du maquereau au bar, braisé ou frit, il y en a pour tous les goûts!
- les prunes, à ne pas confondre avec nos prunes en France. Ici, c’est un légume au goût doux et légèrement acidulé.
- enfin les nombreux fruits, tels que les ananas, les mangues, les papayes, les fruits de la passion, les pastèques, les bananes... Fruits au goût tellement plus sucrés qu’en France, de quoi raviver les papilles et faire le plein de vitamines!

 

Les gens sont très jeunes, plus de la moitié de la population a moins de 18 ans. Les petits écoliers sont donc très nombreux sur les chemins de l'école chaque matin. Il est facile de les reconnaître grâce à leurs uniformes propres à chaque école. A Nkoulou, il y a tout de même 6 écoles dont une créée par la congrégation des sœurs catholiques africaines avant même le projet de l'hôpital.

 

Côté religion, les catholiques représentent la majorité de la population, viennent ensuite les nombreux musulmans, et plus rarement quelques animistes. Les églises sont remplies et les messes sont très vivantes, dynamiques, rythmées grâce aux chorales d’enfants ou d’adultes, aux percussions, aux maracasses! C’est parfois même un peu trop à mon goût empêchant la prière et le recueillement... Enfin et surtout, il faut être patient et motivé car celles-ci durent souvent 1h30 à 2h!

A Yaoundé, il y a le quartier musulman: “la brique”. J’aime m’y promener, l’ambiance y est très chaleureuse, conviviale et les mosquées ont beaucoup de charme.

 

Le pagne est la tenue traditionnelle africaine. A Yaoundé, il y a un quartier où les marchands de tissus colorés se jalonnent côte à côte avec les couturiers. J’ai craqué en achetant un bout de tissu, vous aurez donc la chance de me voir prochainement en petite africaine une fois que mon pagne sera coupé et taillé. Il ne manquera plus que les longues tresses.....

 

Très tôt, les petites africaines apprennent à se déhancher, à bouger leurs seins et à remuer leurs fesses. Spectacle garanti sur la piste de dance! Je suis toujours en admiration devant leur capacité à contorsionner leur corps! Tout un apprentissage... peut être un peu inné d’ailleurs...

 

Bien que le Cameroun soit un pays en pleine émergence et ne soit pas parmi les pays les plus pauvres d’Afrique, la pauvreté est très présente. Face à l’accès aux soins, il est très fréquent de voir des familles désespérées ou en grande tristesse face à leur manque d’argent pour permettre les soins de leurs malades... Souvent, elles tirent sur leurs quelques économies de la journée, économies nécessaires parfois tout simplement à nourrir le reste de la famille... Avec les soignants, nous essayons de trouver des solutions et de créer de la solidarité quand bien même cela est possible... Parfois, nous nous sentons démunies et notre réconfort a dû mal à trouver sa place devant l’effondrement de certaines personnes qui n’ont pas de solutions financières.
Il y a bien sûr d’autres pauvretés...
Une volontaire, professeur dans un collège à Yaoundé, m’a expliqué qu’elle faisait “des cours d’éducation à l’amour, au partage et à la vie”. Durant un de ses cours, elle a demandé à ses élèves de noter sur un bout de papier ce à quoi ils étaient en train de penser, ce qu’ils ressentaient... Elle fut alors choquée que 3 de ses élèves avaient mis le mot: “famine”. Elle m’a expliqué que, comme dans les autres collèges de la capitale, il n’y a pas de cantine.  Les élèves ne peuvent donc manger le midi. Ici, il est fréquent de ne manger qu’un seul repas par jour et cela reste difficile à vivre pour eux en pleine croissance, surtout quand ils sont obligés de marcher à pied 1h à l’aube pour rejoindre leur collège avant d’entamer les cours...

 

Il est rare de voir “un blanc” passer dans le village. Certains enfants m’ont fait sourire intérieurement quand je les ai entendu dire à leurs parents: “hé, il y a un chinois dans le village!” Beaucoup de bébés ou d’enfants en bas âge pleurent à l’hôpital quand il me voit car ils n’ont parfois jamais vu de “blancs” et ma couleur de peau les impressionne, alors avec la blouse blanche, n’en parlons pas!!! D’autres, plus grands, veulent parfois toucher ma peau et frotter par exemple pour voir si ma couleur de peau change et disparait... C’est fou, comme dans un autre continent, je suis si étrange pour eux!!

Les enfants du village sont très affectueux. Ils aiment nous saluer au loin, tenter une poignée de main ou faire quelques parties de cache cache! J’aime beaucoup leurs sourires, la joie de vivre qu’ils dégagent... En me promenant dans les rues, je remarque aussi que certains ont les traits tirés, le visage marqué, le corps parfois malnutri ou déshydraté, les vêtements déchirés et sales... Les enfants sont souvent en train de jouer sans surveillance dans des endroits parfois dangereux, sont parfois laissés un peu à eux même dans les rues, il y a comme une négligence ou un manque d’éducation qui se font ressentir! C’est tout du moins l’image que cela me donne!:-)
Tout simplement, une autre facette qui s’ouvre alors devant mes yeux!

 

Je vous laisse comme toujours avec quelques illustrations sous vos yeux!
- 2 vues du carrefour, la vie dans les rues et le port de charges lourdes à l'africaine!

c'est à dire grâce à la tête...
- quelques petits commerces et commerçants!
- certains enfants du village, les moyens de locomotion comme le taxi ou la moto.
- danse africaine pour vous donner l’exemple...
- en pleine action en train de puiser au puits!
- la pharmacie de garde-bar de Nkoulou et son humour à l'africaine...
- mes amis les bêtes, âmes sensibles s'abstenir!
et pour finir une photo de Chloé et moi en train de sauter de joie!;-)
Bon diaporama!

En vous écrivant, je suis certainement passée du coq à l’âne... En même temps il m’était très difficile de résumer en quelques lignes tout ce que je vis ici. Pour ceux qui ne sont jamais allés en Afrique, j’espère que cela vous aura procuré un petit moment d’évasion. Quant aux autres, à travers mon récit, peut être avez-vous retrouvé quelques sensations...
 
J’imagine que l’ambiance doit être bien différente en France à l’approche des fêtes de fin d’année... Les illuminations, les décorations et bientôt les premiers flocons doivent procurer comme chaque année beaucoup de magie! Ici, je suis loin de vivre tout cela! Ce sera un Noël, je pense, beaucoup plus simple, mais tout aussi riche et beau... L’essentiel est peut être finalement de le vivre et de le partager avec beaucoup de simplicité et de cœur...
 
Je vous embrasse bien fort en cette fin d’année
 
Claire

Article publié par Paroisse St-Maurand St-Amé de Douai • Publié Samedi 06 décembre 2014 • 883 visites

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